Conférence de Mathias Kusnierz : A quoi pensent les effets spéciaux ?
Date : jeudi 28 mars à 18H00
Lieu : Amphithéâtre Enjmin Le Nil, 138 rue de Bordeaux à Angoulême

Cette soirée était proposée par la classe prépa option cinéma du Lycée Guez de Balzac en partenariat avec le Pôle Image Magelis.

La conférence proposait d’aborder les effets spéciaux sous un angle généralement peu considéré : celui de leur fonction idéologique et politique au sein du cinéma à grand spectacle, notamment hollywoodien. Plutôt que d’évoquer leur dimension technique, leurs secrets de fabrication, leur magie technologique, nous parlerons ici de la manière dont ils agissent – de manière à la fois secrète et hypervisible – sur la perception du spectateur et comment, hors de tout discours formulable en mots, ils déterminent sa réception des récits.

Dans un premier temps, nous avons interrogés une constante des effets spéciaux : leur photoréalisme. L’immense majorité des effets spéciaux est conçue pour produire l’illusion de la réalité et l’histoire de leur évolution technologique – les trucages du cinéma des premiers temps mis à part – est celle de leur réalisme croissant. Nous reviendrons donc sur les présupposés historiques, théoriques et techniques du photoréalisme. Plus que d’être réalistes à proprement parler, il faut que les effets spéciaux aient l’air vrais, y compris et surtout lorsqu’ils représentent ce qui n’existe pas.

Nous avons examiné ensuite la manière dont les effets spéciaux font usage de cette propension à l’illusion pour façonner un discours invisible, généralement celui de l’American Way of Life, et y garantir l’adhésion des spectateurs. Les effets spéciaux, parce qu’ils sont tout à la fois invisibles et hypervisibles, spectaculaires et pourtant « réels », déterminent politiquement et idéologiquement le regard du spectateur. Ce discours, nous avons essayé de le reconstituer à partir de l’étude de quelques exemples, et nous avons analysé les mécanismes de la production idéologique en jeu dans les effets spéciaux.

Enfin, nous avons montré que la dimension spectaculaire des effets spéciaux leur permet d’assigner les spectateurs à une position de regard précise : une position dans l’espace représenté, une position dans l’ordre symbolique visé par cet espace, et enfin une position au sein de l’ordre social et politique actuel.

Mathias Kusnierz est agrégé de lettres modernes et docteur en études cinématographiques de l’Université Paris-Diderot. Ses recherches actuelles portent sur l’expérimentation et ses fonctions politiques au cinéma et dans la littérature, ainsi que sur la dimension idéologique du cinéma hollywoodien classique et contemporain. Il enseigne actuellement l’histoire des arts plastiques et du cinéma à l’École Nationale Supérieure d’Art de Limoges. Sa thèse sur la série B hollywoodienne classique sera prochainement publiée aux Presses Universitaires de Rennes.